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Homélie de la messe du 5 octobre 2014 (XXVII° dimanche de l’année A)

L’ingratitude fait de nous des déshérités ...
Durée de l’homélie : 11 minutes

  • Homélie du dimanche 5 octobre 2014 (rentrée paroissiale) - (mp3 - 15.2 Mo) Télécharger

Frères et sœurs, l’ingratitude fait de nous des déshérités.

  • C’est exactement le propos de l’évangile de ce jour. L’ingratitude, le fait de nous reconnaître propriétaire de ce que nous pensons posséder fait de nous des déshérités. Telle est la conclusion de l’Evangile que nous venons d’entendre.
  • L’ingratitude fait de nous des déshérités. Cette perte de l’héritage entraine la violence, terrible dans ce récit et la violence l’individualisme. Tel est le chemin de cet évangile. L’ingratitude qui fait que nous ne consentons plus à reconnaître que nous recevons entraîne par voie de conséquence le fait que nous ne transmettons plus ; car si nous ne recevons pas nous ne pouvons transmettre.
  • Pour le dire autrement dans le langage moderne c’est la question de l’écologie qui est ici traitée, question grave, qui nous touche : est-ce que nous nous pensons propriétaire de cette terre ou est-ce que nous l’avons reçue ? Et si nous l’avons reçue qu’allons-nous transmettre ?
  • Mais la question de l’écologie ici n’est pas posée comme elle est l’est dans la société, elle est posée avec cette question radicale et essentielle : l’écologie n’a de sens que si tu reconnais que tu as un créateur et donc que tu te considères réellement comme une créature ; or notre société refuse de dire que nous sommes des créatures ; nous sommes plutôt maitre de l’histoire et donc de l’écologie que nous tentons de prendre comme nous le pouvons et il faut reconnaître alors que nous n’y arrivons pas …
  • L’enjeu de cette page d’évangile c’est de nous placer dans le regard de ce créateur, de ce propriétaire qui prend soin de nous, qui nous a créés avec bonté, tendresse, attention, qui nous a donné cette terre pour en prendre soin, a placé dans cette vigne un pressoir, une tour de garde et qui l’entoure cette vigne d’une clôture pour la protéger. Dieu vit combien cela était bon dit en écho le début du livre de la Genèse. Et puis ce Dieu qui nous a créé et fait don de la terre parce qu’il a pour l’homme un immense respect lui confie cette dignité inouïe, vertigineuse et si risquée : il lui confie cette terre et s’en va ; le 7° jour Dieu cesse de travailler ayant dit à l’homme : Faites fructifier la terre, soyez féconds, prenez soin ; je fais de vous des procréateurs, des lieutenants de ce que je suis pour que vous puissiez en recueillir l’héritage et être rendus semblables à moi car je vous ai créés ainsi.
  • Tel est donc le début de cette page d’Evangile, de cette parabole qui reprend l’histoire du salut et qui va nous donner de voir toute l’histoire du salut telle qu’elle se dessine et telle que nous la vivons.
  • Dans cette histoire du salut deux lignes s’entrecroisent : une ligne qui ne se voit que trop, celle de la violence et une autre ligne qui fait aussi, heureusement partie de l’histoire du salut : celle de la venue du Fils de Dieu parmi nous et celle de ceux qui veulent vivre comme et avec lui.
  • La première ligne est très claire : le propriétaire envoie des serviteurs qui désignent les prophètes pour leur rappeler, à ceux qui sont les intendants, qu’ils ont à rendre grâce, que cette vigne ne leur appartient pas, qu’ils en sont les serviteurs pour d’autres, pour la transmettre ; mais ils tuent les serviteurs qui leur sont envoyés, puis d’autres ; la violence entraine toujours la violence et la violence se justifie par la violence. Puis le propriétaire que nous pourrions penser inconscient, naïf, (mais nous savons qu’il n’en est rien), envoie son fils, Jésus lui-même ; celui-ci est tué ; et la réaction de ceux qui entendent cette parabole, alors qu’ils sont les premiers concernés est celle-ci : ceux-là, ceux qui ont fait cela, il faut les faire périr misérablement. Car lorsque l’ingratitude est là, lorsque l’on veut se faire maître des choses, quand l’on s’est coupé de la source la violence devient folle ; elle ne peut plus même trouver sa raison ; et ce peuple qui était un peuple n’en est plus ; alors cette vigne est confiée à un autre. Ingratitude, violence, individualisme : il n’y a plus de peuple.
  • Voilà la première ligne de cette histoire, histoire qui se finit mal ou qui ne se finit pas ; au fond il n’y a plus d’histoire, car quand l’ingratitude et la violence sont là l’histoire ne peut plus s’écrire, personne n’a le sens de cette histoire.
  • L’autre histoire c’est celle de ce fils à la suite des serviteurs, envoyé lui aussi ; ce fils dans toute sa fragilité de fils, dont la vocation est la gratitude justement ; gratitude qui entraine de la mort à la vie : la pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; histoire de ce fils et de ceux qui s’associent à lui ; de ce fils un peuple va naître.
  • Deux lignes donc très claires se dessinent dans cette parabole : la première c’est donc l’ingratitude, le refus de recevoir parce que, Descartes parmi d’autres philosophes l’a dit : ce qui m’entoure est faux, j’en ai hélas fait l’expérience parfois ou toujours, dit-il ; et donc c’est moi qui décide, qui établit ce qui est vrai, c’est moi qui suis la source de la vérité ; et puis Rousseau à la suite, vous le savez bien, a clairement dit : il vaut mieux ne pas éduquer un enfant car ce qu’il apprendrait serait nécessairement impur, le corromprait ; alors laissons-le ; ainsi pourra-t-il grandir : refus de recevoir et refus de transmettre qui font de l’homme un déshérité : violence qui s’en suit quand l’enfant, l’homme n’a plus d’identité, ne sait plus d’où il est il vient ni où il va, qui n’a plus rien à recevoir ni rien à transmettre ; et individualisme, hélas.
  • Peut-être une petite parenthèse pour nous faire réagir car nous nous pensons hors de ce cadre : une personne me demandait cette semaine : au fond, si je ne vais pas bien un dimanche et que je fais une communion spirituelle, est-ce que cela suffit ? Question d’ailleurs qui m’habite car souvent dans les paroisses nous voyons pendant des années des personnes âgées à la messe ; et puis tout à coup, pour des raisons légitimes d’âge elles ne peuvent plus y venir ; et voilà qu’elles ne demandent pas à recevoir chez elle l’Eucharistie alors qu’elles y ont été fidèles toute leur vie (ou elles n’osent pas). Le virtuel, le fait de juger ce qui établit notre relation avec Dieu, par nous-même sans réellement recevoir le Créateur qui est venu au milieu de nous, sans communion avec l’Eglise ; voilà qui nous rend autonome et finalement seuls ; nous perdons l’héritage et la communion avec la paroisse, le peuple de Dieu. Manque de réalisme, de foi dans le réel de l’incarnation. Le Fils de Dieu est venu parmi nous mais au fond, nous aussi nous pouvons l’écarter, hélas, facilement.
  • Alors l’autre ligne, si belle, qui est celle de la gratitude. La gratitude qui nous rassemble chaque dimanche : si nous venons à l’Eucharistie, c’est d’abord pour rendre grâce. Nous sommes là ce matin pour cela, pour rendre grâce à Dieu, pour rendre grâce en nous associant à Jésus ; tout à l’heure, à l’offertoire nous chanterons ce très beau chant : Tout est vous, mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu ; car le Christ nous entraîne dans la louange.
  • La gratitude nous permet de refuser la violence parce que nous saisissons que la fragilité est le lieu de notre dépendance et donc de notre gratitude.
  • Même le péché qui dit notre fragilité est d’une certaine manière le lieu où nous accueillons notre dépendance ; une personne me disait cette semaine en se confessant : au fond ce péché, bien sûr il faut s’en détourner, mais il me rend humble, dans la main de Dieu.
  • C’est pourquoi dans cette histoire du salut Dieu a envoyé son fils, fragile ; c’est le chemin du salut.
  • Reconnaître nos fragilités, accueillir nos fragilités pour refuser d’entrer dans la violence. Ainsi accueillir la fragilité de l’autre, accueillir nos dépendances ; combien nous avons besoin de cela dans notre monde qui n’est que course au mérite pour être meilleur que l’autre jusqu’à l’écraser. La fragilité, c’est cela que Dieu nous montre en envoyant son fils fragile au milieu des hommes ; puisqu’il le sait, le Père, il va se faire tuer ce Fils. Et ce n’est pas inconscient, c’est librement que le Père et le Fils s’engagent sur ce chemin, consentent à demeurer fragile et à laver les pieds de ceux qui refusent de se laisser laver les pieds parce que ce serait humiliant.
  • Fragilité … et alors communion d’un peuple nouveau qui naît, de ceux qui sont co-héritiers avec le Christ parce qu’ils souffrent avec lui pour entrer dans sa gloire.
  • L’ingratitude fait de nous des déshérités ; la gratitude et seulement elle fait de nous des héritiers, héritiers avec le Christ, héritiers de sa gloire. C’est ce que nous célébrons en cette eucharistie, cet héritage inouï que nous allons accueillir. Amen.

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