Paroisse Saint-Pothin
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      Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés !

Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés !

Homélie pour la fête de la Toussaint
"Seigneur, donne-moi des larmes ..."
Cette prière, née du fond du coeur, est un raccourci vers la sainteté ...


Homélie pour la fête de la Toussaint

  • C’est un grand bonheur que de célébrer cette belle fête de la Toussaint ; nous fêtons notre espérance, la joie du ciel, la communion des saints, la grande famille de ceux qui sont rassemblés autour de Dieu le Père, avec son Fils Jésus, dans l’Esprit Saint.
  • Nous fêtons tous ceux que nous ne connaissons pas, que l’Eglise n’a pas canonisés mais que Dieu, qui connaît le fond des cœurs, a accueillis dans sa tendresse.
  • Nous commémorons la multitude des saints, ceux que nous fêtons jour après jour tout au long de l’année, mais aussi la multitude des saints de nos familles, la foule immense des pauvres et des petits qui ont accueilli dans leur vie la Pâques du Seigneur, foule innombrable qui peuple le ciel de Dieu.

Qui sont ces saints, ces hommes et ces femmes ?

Eh bien, fondamentalement, des hommes et des femmes heureux ! Il nous faut croire au bonheur, celui que Dieu nous appelle à accueillir sur terre et celui du ciel.
Quand nous pensons aux saints il ne faut certainement pas les imaginer tout auréolés, ne touchant plus terre ou au sourire béat…
Il nous faut penser à leur bonheur.
Et leur bonheur, leur joie profonde, ils l’ont comme gagné, parce qu’ils se sont laissés vider pour être comblés par Dieu.

Car avant d’être une ambition pour l’homme, le bonheur, c’est-à-dire la sainteté est d’abord une ambition de Dieu pour l’homme.

Qu’est-ce qu’un saint ? C’est un homme, une femme, qui a laissé de la place à Dieu, qui lui a, peu à peu, ou d’un coup, donné d’être le maître de sa vie, qui lui a donné d’être Celui qui le rend heureux.

Cependant, reconnaissons-le, dans notre compréhension courante le bonheur c’est une question de chance ; c’est ce que dit l’étymologie de ce mot : « bon heur » : c’est la bonne heure… Ce n’est pas son jour disons-nous à l’inverse ou encore il est né sous la bonne étoile ; une question de destin au fond …
Or le bonheur ce n’est pas d’avoir de la chance.

Le bonheur biblique c’est la bénédiction de Dieu.

Dieu bénit celui qui se laisse bénir ; et cela rend heureux.

En anglais le mot « heureux » qui traduit le mot grec « makarios » est rendu de manière moins littérale mais avec un sens plus juste par : « blessed ».
Ainsi "Heureux les pauvres de coeur ..." devient "Bénis soient les pauvres de coeur ..." Il est béni celui qui est pauvre de cœur ; il est béni celui qui est doux, qui pleure, qui est épris de justice …

Et donc nous comprenons bien que la première béatitude nous invite à dépendre de Dieu, à être béni par lui, à être pauvre : nous sommes bénis lorsque nous soupirons après Dieu : le vrai bonheur commence par une âme qui a soif, qui soupire après Dieu, qui se languit de Dieu …

Je voudrais en cette homélie commenter la troisième béatitude : « "Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ..." »

Heureux ceux qui pleurent, ils riront dit Saint Luc ; béatitude paradoxale car si les autres béatitudes annoncent une plénitude (Heureux les pauvres, le royaume des cieux est à eux ou heureux les affamés de justice, ils seront raassasiés), celle-ci annonce une inversion : ceux qui pleurent riront … Béatitide étonnante et pourtant si vraie …

Je me souviens qu’un jour, durant une assemblée de prière, un ami disait :
“« Seigneur, donne-moi des larmes »”

Généralement l’on dit : « Change ma tristesse en joie … » ; mais là, cette prière disait : “« Seigneur, donne-moi des larmes … »

” ; prière étonnante qui m’a bousculé :
« Depuis quand n’as-tu pas pleuré pour les âmes ?

  • Devant ton péché ?
  • Devant un homme qui passe par des temps difficiles ?
  • Ou encore pleuré de joie … »

« Seigneur donne-moi des larmes … »

Bien sûr il ne s’agit pas de jouer sur l’émotivité mais d’aller au plus profond de notre cœur …

La sainteté est là chez les hommes et les femmes qui savent pleurer :

  • Devant la souffrance de Marthe et Marie qui venaient de perdre leur frère : « Jésus pleura. » (Jean 11.35)
  • Rappelons-nous Saint Paul qui disait : « Veillez donc, vous souvenant que, durant trois années, je n’ai cessé nuit et jour d’exhorter avec larmes chacun de vous. » Actes 20.31
  • Saint Dominique pleurait longuement la nuit en priant pour les pécheurs en est une très belle figure.
  • Victor Hugo écrit : « Dieu tombe goutte à goutte du ciel, et larme à larme de nos yeux. »

Bien sûr nous ne disons pas : « heureux les moroses ou les maussades ».

Je me souviens d’une drame très pieuse, sur-pieuse pourrait-on dire qui interdisait à son neveu de faire du bruit le jour du Seigneur ; et celui-ci plusieurs années après me partageait avoir compris que la religion chrétienne rendait triste ; il ne s’agit pas de cela.

D’ailleurs le contraire du bonheur n’est pas la tristesse mais la dureté de cœur …

Pour aller plus loin, je voudrais regarder ce que sont les larmes dans la Bible et pourquoi font-elles le saint ?

1. Des larmes d’indignité et de repentance

Heureux ceux qui pleurent sur leurs indignités.

  • La grande grâce que Saint Pierre a vécu est d’avoir pleuré après son triple reniement, en regardant Jésus … Là il est devenu saint.
  • Le livre des lamentations nous rapporte cette parole : « Crie donc vers le Seigneur, ton rempart, laisse couler tes larmes comme un torrent jour et nuit ; ne t’accorde pas de repos, que tes yeux n’aient pas de repos … » ; « Répands ton cœur comme de l’eau .. » (3, 18-19)
  • Ezéchiel fait cette belle prophétie : « Parcours la ville, parcours la ville et marque d’une croix au front les hommes qui gémissent et qui pleurent sur toutes les abominations qui se pratiquent au milieu d’elle » (Ez 9,4)

Heureux ceux qui pleurent !

  • Pour connaître le bonheur, il faut réaliser qu’il y a de l’imperfection, du péché en nous …
  • Pour connaître le bonheur, il faut pouvoir crier vers Dieu pour qu’il nous sauve. Le bonheur passe par des larmes de repentance … C’est là que notre cœur s’ouvre au Seigneur et à ceux qui nos entourent …

2. Des larmes pour notre prochain

A force de jouer sur nos émotions (dans les médias…) nous devenons de plus en plus insensibles.
Le contraire du bonheur n’est pas la tristesse mais un cœur dur.

Abraham Lincoln qui a aboli l’esclavage disait : « Je plains l’homme qui ne sent pas le fouet quand c’est le dos d’un autre qui est frappé. »

  • Jésus a pleuré devant la tombe de Lazare ...
  • Jésus a été affligé devant le manque de discernement de Jérusalem : là aussi il a pleuré ...
  • Nous pleurons nos défunts en ces fêtes de Toussaint, ce qui est le signe de notre amour pour eux.
  • Saint Paul écrit : « Pleurez avec qui pleure » (Rm 12,5)

Les gens se vantent de leur dureté. « Je suis un dur à cuire »
Pourtant seul l’amour amène la guérison.
Le bisou d’une maman qui embrasse le bobo de son enfant guérit plus sûrement l’enfant que le mercurochrome donné avec froideur …
Les saints ont versé des larmes car les saints ont aimé.

« Veillez donc, vous souvenant que, durant trois années, je n’ai cessé nuit et jour d’exhorter avec larmes chacun de vous. » dit Saint Paul Actes 20.31
Et dans Galates (3,19) : « Mes petits enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous … »

3. Des larmes pour les âmes : Où est-il ton Dieu ?

Mais il nous faut aller plus loin encore car dans la Bible les larmes sont versées devant cette question « Où est-il ton Dieu ? »

Psaume 42 : « Mes larmes, c’est là mon pain, le jour, la nuit, moi qui chaque jour entend dire : « Où est-il ton Dieu ? »
Touché à mort dans mes os, mes adversaires m’insultent en me redisant tout le jour : « Où est-il ton Dieu ? »

Les larmes naissent car Dieu est refusé, car l’on bafoue notre foi, car l’homme vit si souvent sans Dieu … Et les exemples ne manquent pas aujourd’hui.

Dans les groupes de prière des mères l’on prie souvent pour les enfants, les petits-enfants qui ne se tournent pas vers Dieu …

En entendant toutes ces larmes, celles qui naissent d’un cœur contrit, celles provoquées par la souffrance de notre frère ou par le refus de Dieu, je ne peux m’empêcher alors de penser au psaume 126 : « Celui qui sème dans les larmes moissonnera avec allégresse … »

Oui et là est notre foi : ceux qui sèment dans les larmes seront consolés ! Ceux qui pleurent seront consolés !
Ces larmes saintes, ces larmes nées d’un cœur brisé, ces larmes fruit de l’amour seront séchées : « Dieu-avec-eux sera leur Dieu ; il essuiera toutes larmes de leurs yeux ; de mort il n’y en aura plus, de pleur, de cri et de peine il n’y en aura plus » (Ap 21,3-4).

4. Des larmes de joie

Ces larmes nées de la souffrance se transformeront en larmes de joie …

Rappelons-nous Blaise Pascal qui avait inscrit sur un petit papier qu’il portait toujours sur lui : Pleurs de joie, pleurs de joie, pleurs de joie … Jésus-Christ, Jésus-Christ, Jésus-Christ …

Un jour au milieu de ses larmes saint Syméon le Théologien fit l’expérience d’une joie très forte, si forte qu’il s’écria : « « Qu’y a-t-il de plus grand et de plus magnifique que cela ? Il me suffit de rester ainsi, même après ma mort ! La voix du Seigneur lui répondit : « Tu est vraiment mesquin de te contenter de cela. Ta joie d’aujourd’hui, comparée à celle à venir, est comme un ciel dessiné sur une feuille en comparaison du vrai ciel. » »

5. Pour conclure : un nouveau rapport entre la joie et la douleur …

Jésus reconnaît la souffrance de la foule. Il la connaît …
Heureux ceux qui pleurent : Jésus comprend et sait que certains pleurent, souffrent …

L’homme cherche désespérément à séparer ces frères siamois que sont la joie et la douleur …
Ou plutôt il cherche le plaisir pour lui-même et avant tout …Ce plaisir qui semble offrir un goût d’éternité et infini mais qui une fois consommé n’est que terne et tragique …

Jésus lui inaugure un changement radical : aux larmes succède le rire, au don avec fidélité succède le bonheur, à la confiance manifestée succède la joie …

Timothy Radcliffe : « Pour beaucoup de nos contemporains, être heureux est une obligation. IL est interdit d’être tristes. D’après un sondage effectué par l’Eglise anglicane sur la génération des jeunes de 15 à 25 ans ce bonheur obligatoire est un fardeau écrasant pour les jeunes. On n’avoue pas facilement sa tristesse devant un bonheur à sa portée. C’est pourquoi la tristesse peut être une source puissante de honte cachée et de solitude insupportable pour les jeunes…
Jésus envoie prêcher le bonheur des béatitudes ; bonheur déconcertant parce qu’il ne s’oppose pas au chagrin ; ceux qui pleurent voilà ceux qui sont heureux ; le contraire de la joie n’est pas la tristesse mais la dureté de cœur, un cœur de pierre.
Si l’on veut goûter la joie de Dieu il ne faut pas avoir peur d’être touché par le chagrin puisqu’il approfondira le creux que Dieu veut remplir de bonheur… »

Le catéchisme de l’Eglise catholique nous dit : « L’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur rang et leur état » (C.E.C 2013). Mais comment goûter à cette « union toujours plus intime avec le Christ » ?
« Le chemin de la perfection passe par la croix. Il n’y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel. Les enfants de notre mère la Sainte Église espèrent justement la grâce de la persévérance finale et la récompense de Dieu leur Père pour les bonnes œuvres accomplies avec sa grâce en communion avec Jésus » (C.E.C 2015-2016).

Frères et sœurs, demandons ce don des larmes qui nous fera voir notre péché, aimer notre prochain, avoir soif que Dieu se révèle à tous …

Seigneur donne-moi de pleurer ; donne-moi de rire ; donne-moi d’être béni par Toi …
Amen !

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