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        Homélie pour le dimanche des défunts 2 novembre 2014

Homélie pour le dimanche des défunts 2 novembre 2014


« Dieu n’a pas créé la mort » s’écrie le livre de la Sagesse. (Sg 1, 13)

Jésus par sa résurrection a traversé la mort et la haine, et les a définitivement renversées. Il n’a de cesse de vouloir nous associer à sa victoire. Si nous y consentons.
Le Ressuscité se propose à nous mais ne s’impose pas. Pourtant, nul ne va au Père sans passer par Lui : Il est le chemin, la Vérité et la Vie. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15,5)
Sans Lui, la mort reste une impasse, scandale, désespérance insurmontable.

C’est ce que rapporte le livre de la Sagesse dans les premières lignes écoutées, en première lecture, et qui pourraient être des paroles de bien de nos contemporains : « Notre existence est brève et triste, rien ne peut guérir l’homme au terme de sa vie, on n’a jamais vu personne revenir du séjour des morts. Nous sommes nés par hasard, et après nous serons comme si nous n’avions pas existé. » (Sg 2,1) Aussitôt l’auteur du livre de la Sagesse poursuit en affirmant que : « Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable. » (Sg 2,23) « Dieu a fait (, à l’origine,) de l’homme une image de ce qu’il est en Lui-même. » Dieu est éternel, donc l’homme est éternel ; c’est sa nature, sa vocation.
Avec Jésus, la mort n’est plus une impasse, mais un passage vers une vie nouvelle – une vie continuée – transformée, transfigurée.
Telle une autre naissance.

Jésus a payé, par sa Passion et par Sa Croix, un prix incommensurable pour nous donner de participer à sa victoire sur toutes formes de mort. Celle du péché. Celle aussi, ultimement, de la mort physique.
Nos corps seront, au jour de son Retour, relevés et transformés « en un instant, en un clin d’œil » écrit St Paul aux Corinthiens. (1 Corinthiens 15, 52)
« Tous ressusciteront », dit Jésus dans l’évangile de ce matin. : « Ceux qui ont fait le bien, pour entrer dans la vie ; ceux qui ont fait le mal, pour être jugés. » (Jn 5,29)

L’Eglise reconnaît deux jugements : celui à la fin des temps dont parle Matthieu 25 : « il séparera les brebis des chèvres … » (et vous connaissez la suite) ; et le jugement particulier (individuel, personnel) qui intervient dès notre mort : et où se dessine le devenir, la place, de notre âme immortelle, en attendant la résurrection des corps et la Parousie.
« Celui qui a mis sa confiance dans Le Seigneur, et a écouté sa Parole, (sans se contenter de l’écouter mais en la mettant en pratique), celui-là échappe au jugement, dit Jésus dans l’évangile, car il est déjà passé de la mort à la vie. » (Jn 5,24) « Mes paroles sont vie éternelle » dit Jésus. « Ma parole ne me revient pas sans avoir fécondé la terre » (Is 55, 11) dit Dieu. « Celui qui écoute ma parole et croit au Père qui m’a envoyé, celui-là obtient la vie éternelle. » (évangile, Jn 5,24-29)

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Pour des êtres qui s’aiment, la mort est une amputation – une brisure – pourtant subsiste l’espérance, en Jésus, de retrouver tous ceux que nous avons servis et aimés, rassemblés dans la demeure du Père. « Dieu lui-même sera avec eux, et la mort n’existera plus. Et il n’y aura plus de pleurs, de cris ni de tristesse, dit l’Apocalypse.(2e lecture, Ap 21,1)) Le premier ciel et la première terre auront disparu. » Tout sera récapitulé par le Christ, dans le Christ. Alors Dieu sera tout en tous (1Co 15,28). Telles est la promesse de Dieu ; telle est notre espérance.

Pourquoi prier pour les défunts ?

Le catéchisme de l’Eglise catholique écrit : « Reconnaissant la communion qui existe à l’intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l’Église en ses membres qui cheminent sur terre a, dès les premiers temps du christianisme, entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts en offrant pour eux ses suffrages (LG 50) : Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur. (CEC 958)

J’aimerais m’arrêter un instant sur ce que d’aucun appelle parfois « l’Eglise de l’espérance ». C’est-à-dire ceux et celles qui ont franchi la mort mais qui sont encore en travail de parachèvement avant de pouvoir accéder à la plénitude de Joie qui se vit dans la maison du Père.
Ces hommes et ces femmes, à la lumière de l’Amour débordant se présentant à eux à l’heure de leur passage, ont pu ressentir la douleur de ne pas être prêts pour des noces immédiates. Et d’eux-mêmes demandé à accueillir le temps de finir l’œuvre de conversion plus ou moins commencée et avancée. Comptant sur l’agir tout-puissant de l’amour miséricordieux du Seigneur achevant Lui-même progressivement ce qui manquerait encore à leur sanctification. Et cela peut ne pas se faire instantanément, mais, par délicatesse de l’amour miséricordieux, par touches et étapes successives, comme un potier qui retouche son œuvre avec ménagement pour ne trop la bousculer.

Ce qu’on appelle ainsi le purgatoire est un chef d’œuvre, dit le Père Daniel Ange, inventé par le Cœur de Dieu ! Une folle victoire de la miséricorde ! Le Seigneur a mis au point cette ultime stratégie de l’amour : nous permettre d’achever notre guérison, par, et dans l’amour.

Ce temps n’est pas triste mais empli d’espérance.
On y est débordant d’une joyeuse espérance, déjà toute baignée de la lumière qui nous parvient du Paradis. Car on y vit la certitude de parvenir plus ou moins prochainement, certes, mais de parvenir certainement au Royaume dès que nous aurons enfin revêtu complètement notre « vêtement de noces. » (Mt 22,12)

Dans la communion des saints : ce que les saints font pour moi, à mon tour, je puis le faire pour mes frères et sœurs qui forment « l’Eglise, en son état d’espérance ». A leur égard je peux exercer (en tout petit) le ministère réservé aux saints : supplier le Seigneur pour eux.

Oui, telle est la puissance de ma prière, aussi pauvre et faible qu’elle me paraisse.
Ainsi, ce que ces frères et sœurs déjà partis ne peuvent plus faire d’eux-mêmes, voici que je le puis : les Sauver. Participer, pour eux, au travail sauveur de Jésus.

Bonheur de participer ainsi à la guérison et à la délivrance totale de ceux que j’ai connus et aimés sur la terre. Et de tant d’autres, dont je ne verrai qu’au ciel le visage.
Oui, à leur vie glorieuse, je puis les engendrer. Je puis faire pour tel ou telle ce que je n’ai peut-être pas pu faire pendant qu’il ou elle vivait encore avec moi.
Guérison pour moi de cette lancinante amertume, de ces remords qui me rongent : "Ah ! Si j’avais su qu’il ou elle partirait si vite, jamais je n’aurais fait ou dit ceci. J’aurais dû faire, dire, cela, et maintenant, c’est trop tard ! Eh bien, non, ce n’est pas trop tard ! Cet amour que je n’ai pas pu, ou pas su exprimer à temps, je peux le lui prouver maintenant, en priant, en offrant pour lui, pour elle.

De même quand une personne est partie sans que nous ayons pu échanger un pardon réciproque, là non plus il n’est pas trop tard. Dans la prière, je puis implorer son pardon, et donner le mien. Nous pouvons encore vivre des réconciliations. Des parents peuvent demander pardon au petit dont ils ont avorté, en commençant par implorer le pardon de Dieu lui-même. Dans le très doux sacrement de réconciliation.

On voit ainsi des merveilles : un fils, une fille, une épouse peuvent enfanter, par leur pardon et leur intercession leurs propres parents, ou, elle, son mari, déjà partis à la vie de Dieu !

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Cette prière de l’Eglise trouve sa plénitude dans l’Eucharistie.

Pas une prière eucharistique qui ne comporte au moins une mention de "ceux qui se sont endormis dans l’espérance de la Résurrection" (Prière eucharistique n°II, par exemple). Toute Eucharistie est offerte aussi bien pour les vivants que pour les morts.
C’est là que nous pouvons, en toute certitude, retrouver, rejoindre, rencontrer ceux qui nous ont précédés. Partout où est le corps eucharistique du Christ, là est le corps total du Christ, son Eglise. Et donc aussi « l’Eglise de l’espérance ». Bouleversé par un deuil, je vais recevoir le corps même qu’en ce moment contemplent les anges et les saints, mais aussi le corps même autour duquel se rassemblent ceux qu’Il est venu appeler en sa maison.

Que cette priante célébration du 2 novembre soit aussi guérison de notre peur de la mort. La peur viscérale demeure toujours, mais le cœur repose dans la paix de l’espérance. « Christ est ressuscité ! C’est ce qui nous fait moins peur de mourir ! » dit récemment le mari mourant d’une paroissienne. Cette fête me prouve qu’une brèche a été frayée dans le mur de la mort, au petit matin de Pâques.
Rien plus jamais ne la refermera. Et c’est ce Jésus ressuscité qui, aujourd’hui comme au samedi saint, va délivrer ceux qui l’attendent et l’espèrent. C’est pourquoi dans notre foi, nous pouvons affirmer : ce soir même, des frères et des sœurs auront fait leur entrée dans la cité sainte, la Jérusalem nouvelle (2ème lecture, Ap 21 ,2)) : petit cortège bienheureux acclamé par les anges et les saints, accueilli pour toujours au cœur même de la Trinité.
Ceux-là, dit le Père Ange, l’an prochain, nous les retrouverons, non plus le 2 novembre mais bel et bien le 1er. Oui, nous les fêterons désormais avec tous les saints.

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Nous savons que nous retrouverons ceux qui nous ont précédés.

Nous devons nous y préparer pour que nous soyons trouvés dignes, à nos yeux, au jour de notre passage, de les rejoindre à notre tour dans la maison du Père.
Jésus nous a laissé, dans le silence et la prière, dans l’écoute de sa Parole, dans les sacrements de l’Eglise et dans sa vie communautaire, de pouvoir nous abreuver à sa Vie de Ressuscité, et par le fait même d’être, en particulier, en communion avec celles et ceux qui nous ont précédés dans la Maison du Père.
Plus nous nous rendrons humblement proches du Christ Ressuscité, plus nous seront proches celles et ceux qui, par delà la mort corporelle, vivent en Lui près du Père.
Rien de nos épreuves, de nos souffrances, de nos joies ne sera perdu : tout sera récapitulé, en Celui qui nous précède, qui nous prépare une place, pour la vie et la joie éternelles, partagées avec celles et ceux que nous aurons connus, aimés et servis.

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