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      Homélie du dimanche 23 septembre 2018

Homélie du dimanche 23 septembre 2018

"De quoi parliez-vous tout en marchant ...?"


Homélie pour le 25° dimanche de l’année B (2018)

« De quoi parliez-vous tout en marchant ? »

  • Vous savez combien Jésus aime poser cette question que nous venons d’entendre ; souvenez-nous de l’épisode des disciples d’Emmaüs : « S’approchant d’eux en personne il faisait route avec eux et il leur dit : « De quoi parliez-vous tout en marchant ? »
  • S’approchant d’eux, il faut une certaine intimité avec Jésus pour lui répondre ; dans l’évangile d’aujourd’hui c’est / arrivé dans la maison / que Jésus leur pose cette question …
  • La maison, c’est l’Eglise, c’est ce moment du dimanche où Jésus nous demande : « De quoi parliez-vous cette semaine, qu’est-ce qui a agité vos cœurs ? »
  • Ce qui a certainement habité nos cœurs c’est notre incompréhension devant la mort : Jésus dans l’épisode d’aujourd’hui vient d’annoncer sa mort à ses disciples pour la 2° fois et ceux-ci ont peur : ils craignent même de l’interroger ; à Emmaüs, il vient de mourir, les disciples sont perdus.
  • Ce qui habite nos cœurs c’est ce constat de notre impuissance, c’est l’échec de l’un de nos frères, c’est notre révolte intérieure, c’est notre peur qui nous paralyse et nous empêche de parler (ils craignaient de l’interroger)…
  • « De quoi parliez-vous tout en marchant ? » Jésus nous invite à lui dire de quoi nous avons parlé cette semaine, quelle a été la parole qui a habité notre cœur …
  • Peut-être même une parole mauvaise ; c’est assez étonnant nous avons acclamé la 1° lecture en disant « Nous rendons grâce à Dieu » alors que nous venions d’entendre des paroles mauvaises, celles de ceux qui méditent le mal et se disent en eux-mêmes : « Attirons le juste dans un piège, voyons si ses paroles sont vraies, soumettons-le à des outrages et à des tourments, condamnons-le à une mort infâme … » ; même cela est « Parole du Seigneur », non pas que Dieu ait dit cela mais cela a droit d’être dans la Bible car Dieu va écouter ce cri et va y répondre …
  • « De quoi parliez-vous tout en marchant ? », peut-être une parole échangée avec un frère, un ami, un conjoint … ou peut-être une parole gardée dans votre cœur.
  • Une parole dite en marchant et non pas en courant, une parole qui a eu besoin d’un temps gratuit, d’un temps de liberté. Peut-être que vous n’avez pas eu ou pas pris ce temps de gratuité … Il faudra le prendre car Jésus attend que vous lui disiez ce qui habite le fond de votre cœur et votre réponse l’attire car alors il s’approche de vous. La prière est cette espace de gratuité qui permet aussi à la parole intérieure de mûrir pour ensuite être partagée avec le Christ.
  • « De quoi parliez-vous tout en marchant ? » Je ne sais frères et sœurs de quoi vous avez parlé cette semaine. Ce que je sais c’est que l’Eucharistie est ce moment privilégié pour répondre à cette question, ce que je crois c’est que la Parole de Dieu vient souvent mettre en lumière de manière étonnante ce dont j’ai parlé pendant la semaine car elle n’est pas étrangère à ma souffrance, ce que je crois aussi c’est que la Parole entendue le dimanche est la lumière que le Christ me donne en réponse à mes murmures intérieurs, parole de lumière et de paix.
  • Chacun de nous a cette semaine parlé en son cœur ou avec un ami, des paroles bien différentes ; elles sont toutes rassemblées ce matin par le Christ qui les prend sur lui, en lui et les fait passer de la mort à la Vie. La messe c’est un immense engendrement à la Vie. Nous dirons ensemble : « Je crois à la Vie éternelle ».
  • « De quoi parliez-vous tout en marchant ? » C’est aussi une question que vous vous pouvez poser à un ami. C’est exactement la pédagogie du parcours Alpha ; je voudrais qu’aujourd’hui vous repartiez avec un tract du parcours Alpha pour dans la semaine le donner à une personne autour de vous …
  • « De quoi parliez-vous tout en marchant ? » Chacun est invité à répondre en son cœur au Seigneur. Pour ma part, hier soir, sur les quais du Rhône avec cet ami prêtre ici présent nous parlions de la mort tragique, si douloureuse, du Père Jean-Baptiste Sèbe cette semaine, à Rouen, qui a mis fin à ses jours … Cette semaine plusieurs m’ont partagé de quoi leur cœur parlait, de ce prêtre justement qu’ils avaient bien connu à Rouen m’exprimant leur stupeur, leur désarroi ou leur colère selon les uns et les autres …
  • Un des amis prêtres du Père Jean-Baptiste, le Père Pierre-Alain Lejeune de Bordeaux a écrit de très belles lignes sur son blog qui m’ont été envoyées (entre parenthèse : geste manifestant une belle attention). Je voudrais vous en lire quelques lignes :
  • « C’est en ouvrant ma boîte mail que je suis tombé sur cette nouvelle déchirante. Un drame de la vie, un drame pour l’Église. Jean Baptiste, jeune prêtre de 38 ans, s’est donné la mort. J’ai connu Jean Baptiste au séminaire, à Paris, il y a 17 ans. Il commençait sa formation, je terminais la mienne.
  • Qu’un homme se supprime, c’est toujours un drame effroyable. Mais quand cet homme est prêtre, tout le monde chancelle. Un peu comme si l’on touchait à un mur porteur. La mort tragique de ce frère vient nous rappeler, au cas où nous l’aurions oublié, qu’un prêtre n’est épargné d’aucun des combats qui traversent la vie de tout homme.
  • Sidéré par ce mail sur mon écran d’ordinateur, je prie pour sa famille, ses proches, ses paroissiens… C’est en pensant à leur douleur que je ressens le besoin de dire et d’écrire pourquoi je suis prêtre. Pourquoi je le suis encore. Pourquoi je le suis resté malgré les tempêtes de la vie. (…)
  • Chaque jour je côtoie le péché et la grâce, la misère et le sublime qui se tissent dans toute vie. Chaque jour de cette semaine encore, j’ai continué de pleurer avec ceux qui pleurent et d’être dans la joie avec ceux qui sont dans la joie. C’est ça la vie de prêtre ! La vie ordinaire d’un prêtre, c’est de partager le plus intense de toute vie. Le meilleur comme le pire. Et cela nous rend vulnérables…
  • Aujourd’hui encore, en accomplissant les paroles et les gestes de Jésus, j’ai manifesté Jésus présent pour quelques fidèles un peu endormis et clairsemés dans une grande église. C’est ça la vie de prêtre !
  • Ce soir je pleure. Je pleure Jean Baptiste et tous ceux que ce drame fait chanceler. Et ce soir, plus que jamais, je veux redire que je suis prêtre pour tous ceux-là (…)
  • Je suis prêtre, meurtri par tant de violence mais animé de cette espérance qui résiste toujours : si Jésus est mort sur une croix, comme un paria, c’est pour que jamais aucun homme ne puisse croire que Dieu se tient loin de lui lorsqu’il traverse l’épreuve et la souffrance. Que jamais aucun homme, aucune femme ne puisse se croire abandonné de Dieu, même à l’heure ultime...
  • Je suis prêtre parce que Jésus est vivant ! »
  • « De quoi parliez-vous tout en marchant ? » Au fond, sans aucun jugement, la mort du Père Jean-Baptiste nous re-situe nous prêtres dans l’essentiel, dans notre joie profonde d’être prêtres, être les amis de Jésus, être les témoins du Christ qui accompagne chacun pour passer de la mort à la Vie et nous comprenons le prix incroyable de ce passage, de cette espérance qui peut toucher même le prêtre parce que justement il donne sa vie pour cela …
  • « De quoi parliez-vous tout en marchant ? » Ce que je sais c’est que la posture à laquelle le Christ veut me conduire, la seule posture est celle de la confiance humble, celle de l’enfant qui se sait pauvre. Jésus après m’avoir écouté mettra devant moi un enfant …
  • Il faut que ma carapace extérieure se brise, celle de mon paraître, celle de ma volonté d’afficher ma réussite, de jouer au petit coq, celle qui me fait mal car elle est perpétuellement mise à mal …
  • Notre ego réclame chaque jour sa ration de nourriture narcissique …
  • Etre plus.
  • Grand, intelligent, beau, riche, chrétien, sympa, drôle, spirituel … peu importe. Plus surtout.
  • Ils discutaient pour savoir qui était le plus grand. C’est de cela dont notre cœur parle tout en marchant …
  • D’être plus à être tout il n’y a qu’un pas que nous franchirions volontiers si nous en avions la recette.
  • C’est un vieux fantasme qui nous colle au nombril depuis que nous avons cru, enfants, que le monde était né avec nous.
  • Renoncer à ce totalitarisme de l’ego n’est pas naturel ; cela s’apprend à coup d’éducation, de frustration et de rage, cela dès la petite enfance ; il est long le chemin frères et sœurs pour que la carapace se brise, celle de mes rêves de grandeurs qui sont des chimères ou au moins pour laisser passer une fente, celle du consentement à notre misère …
  • Jésus renverse par sa croix la toute-puissance imaginaire …
  • La croix manifeste un amour qui peut tout parce qu’il est démuni, vulnérable, offert … En cela elle sauve.
  • Jésus se présente sous la figure d’un enfant … Occupant la dernière place il ne s’impose pas et n’exerce aucun pouvoir …
  • « De quoi parliez-vous tout en marchant ? » A Jésus j’aimerais dire : je parlais de mes rêves de grandeur, fais de moi un enfant …
  • Amen

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